Captif

Erix couleur

J’ai fini par ouvrir les yeux. Je me rappelais avoir prévenu mes amis que j’allais nous chercher de quoi manger puis, plus rien. J’espérais qu’il ne leur soit rien arrivé. Une douleur vive partant de l’arrière de ma tête se répandait par vague dans le reste de mon corps. Je ne reconnaissais pas l’endroit où j’étais et lorsque j’ai tenté de me lever, j’ai réalisé que mes mains étaient attachées dans mon dos, coincées contre la chaise sur laquelle j’étais. L’épaisse corde me retenant frottait contre mon poignet gauche, le brulant au passage. Un verre de mes lunettes était maintenant fendu, mais j’arrivais tout de même à voir. En regardant autour de moi, j’ai pu constater que je me trouvais dans ce qui semblait être un débarras encombré de caisses et de sacs, probablement en sous-sol étant donné l’absence de fenêtre. Une ampoule diffusant une lumière crue se balançait au-dessus de ma tête. Je tentais en vain de me libérer de mes liens lorsque j’entendis du bruit derrière la porte à l’autre bout de la pièce. Le panneau finit par s’ouvrir, laissant entrer un homme immense à la peau couverte de cicatrices diverses.

-Eh bien, fit-il en s’approchant de moi, cet idiot semble avoir réussi à capturer le célèbre Erix Kanerva. À moins que tu ne sois pas lui, dans ce cas, je devrai te tuer avec celui qui t’a amené ici.

Qui voulait-il que je sois d’autre? Il en connaissait beaucoup des jeunes ayant les cheveux blancs et le bras droit remplacé par une prothèse mécanique? Je me suis retenu de lui faire la remarque. Il savait très bien qui j’étais et semblait y prendre plaisir. Je le fixais en silence pour qu’il continue à parler.

-T’as perdu ta langue en même temps que ton bras ou quoi? Pourquoi tu dis rien?

En disant cela, il m’avait agrippé la mâchoire de sa main calleuse, son pouce à moins d’un centimètre de ma bouche. Je me suis retenu de le mordre, préférant simplement dégager ma tête à la place. Je sentis alors une vive douleur à la joue, mes lunettes volant vers le sol sous l’impact. Le type m’avait donné une gifle lorsque j’avais retiré ma tête de sa poigne. Génial, maintenant j’avais mal au crâne, au poignet et au visage, que pouvait-il arriver de plus? Je repris rapidement un air neutre et une contenance.

-Aïe, finis-je par lâcher.

L’homme grogna. Visiblement, ma réponse ne lui convenait pas. Il attrapa une chaise posée dans un coin et s’assit face à moi en fronçant les sourcils.

-T’as pas répondu à ma question, maugréa-t-il. Es-tu oui ou non Erix Kanerva?

Ce n’était pas une question ce qu’il avait dit plus tôt. Je risquais cependant de le fâcher encore plus en lui faisant remarquer.

-Oui c’est moi, répliquais-je. Qui êtes-vous et qu’est-ce que je fais ici?

L’homme rit devant mon interrogation. Visiblement, mon ignorance l’amusait.

-Tu n’as pas besoin de connaître mon nom petit, tout ce que tu dois savoir, c’est que tu travailles désormais pour moi.

Très précis… Néanmoins, je ne tardai pas à lâcher:

-Jamais!

Face à cette réponse, il me gifla une nouvelle fois. Un goût de sang se déversa dans ma bouche et ma vue se brouilla.

-Je ne t’ai pas demandé ton avis. Mais bon, comme tu ne veux pas coopérer, je vais devoir te donner une leçon.

En disant cela, il avait ouvert le tiroir d’une vieille commode près de lui. À l’intérieur, plusieurs seringues contenant un liquide violet s’entassaient. Il en prie une et, sans prendre la peine de se désinfecter, l’enfonça dans un de ses bras musclés. Des veines sombres apparurent alors à la surface de sa peau. Instantanément, je reconnus le contenu de la seringue. Il s’agissait d’une drogue expérimentale augmentant considérablement la force de celui qui la prenait. Elle était cependant très addictive et la sensation de manque était terrible. Quand mon ravisseur remarqua que je connaissais la substance, il sourit.

-Tu reconnais ça, hein? C’est pour que tu acceptes de faire ce qu’on te dit. Par contre, j’aime pas quand mes victimes sont trop faibles et ne se débattent pas.

Sans rien ajouter de plus, il prit une seconde seringue et me l’enfonça dans la cuisse, passant au travers de mon pantalon. Je sentis le liquide se rependre lentement sous ma peau et je lâchai un cri à cause de la douleur. Après avoir fini de m’injecter le produit, l’homme retira l’aiguille brusquement, me faisait crier à nouveau, avant de lancer la seringue contre un mur. J’entendis le verre se briser à l’impact. Mon geôlier vint alors près de moi et les liens autour de mes poignets se relâchèrent. Il m’avait libéré pour que je puisse me battre, même s’il savait bien que j’allais perdre. Cette perspective semblait d’ailleurs l’amuser.

-Je reviens dans quinze minutes, dit-il en s’éloignant. Le temps que ce que je t’ai donné fasse effet.

Il claqua ensuite la porte derrière lui et j’entendis un bruit m’indiquant qu’elle avait été verrouillée. Bon… j’étais pris au piège dans un sous-sol à attendre qu’une drogue agisse pour pouvoir me battre contre un ravisseur qui faisait bien le triple de mon poids. Je regardais autour de moi, cherchant quelque chose qui pouvait me servir d’arme. Mais non, les sacs et caisses ne contenaient que de la nourriture et les planches entassées dans un coin étaient trop grosses pour être utilisées. Je tâtais alors les poches de mon pantalon. Oui, ils étaient là, on ne me les avait pas retirés. J’avais la manie de garder un petit jeu de tournevis et de divers outils sur moi dans le cas où ma prothèse aurait un problème. Je sortis un tournevis, remonta ma manche droite et commença à travailler. Lorsque j’avais construit mon bras mécanique, j’avais fait en sorte qu’il utilise des nutriments produits par mon corps pour éviter de manquer d’énergie. Sauf que j’avais ajouté la possibilité de jouer avec ce dont ma prothèse avait besoin pour ne pas me retrouver en carence ou quelque chose dans le genre. J’allais donc pouvoir le configurer pour qu’il absorbe la drogue dans mon corps et la transforme en énergie. L’effet de manque serait alors diminué et je pouvais renforcer la puissance de mon bras plus rapidement et acquérir une force physique bien supérieure à la normale.

Le recalibrage me prit une bonne dizaine de minutes, un peu plus que ce que j’avais prévu. Au moment où je rangeais mes outils, j’entendis une clé tourner dans la serrure de la porte. J’inspirais puis expirais lentement afin de me calmer. Il fallait que je réussisse à sortir d’ici.

Texte et illustration par Sebastien Lalonde

 

L’art de tatouer à la main

Par Sebastien Lalonde

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Début septembre dernier, j’ai eu mon premier tatouage! Une heure et demi à souffrir pour marquer ma peau d’un symbole qui me tenait particulièrement à cœur. Avant cela, j’ai pris la peine de faire plusieurs recherches pour m’assurer des mesures à suivre ou simplement du tatouage en général. La signification, les soins, les différents styles etc. Pendant mes recherches, je suis tombé sur une méthode de tatouage qui m’a beaucoup intrigué et que j’aimerais partager ici : le handpoke tattoo.

Il s’agit d’une méthode de tatouage qui ne nécessite pas de machine, tout se fait à l’aide d’une simple aiguille. Le tatoueur piquera lui-même dans la peau à une fréquence d’environ 80 coups à la minute (une machine peut aller jusqu’à 3000 coups/minutes). Vous vous doutez donc que le temps de réalisation d’un tatouage à l’aide de cette technique est beaucoup plus long, évidemment. Par contre, la peau est moins agressée et va donc guérir plus vite.

Handpoke tattoo
Montage photo par : Sebastien Lalonde

J’ai moi-même tenté de faire du handpoke tattoo pour m’amuser (sur des oranges, pas sur ma peau) et le résultat est vraiment sympa et c’est très amusant à faire. Peut-être même que je me laisserais tenter par un tatouage fait à l’aide de cette technique un jour. Je vais prendre le temps de laisser guérir mon premier tatouage avant de penser à m’en faire faire un autre par contre.

Alex Fierro (Magnus Chase et les dieux d’Asgard)

Par Sebastien Lalonde

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Alex Fierro (Magnus Chase et les dieux d'Asgard)
Création graphique par Sebastien Lalonde

Rick Riordan est sans aucun doute l’un de mes auteurs préférés. C’est pourquoi j’ai tout de suite été enthousiasmé lorsque j’ai appris que la suite de sa série sur la mythologie nordique était enfin sortie en français. Au début, le tome ne m’intéressait pas plus que ça, ayant été depuis longtemps conquis par les précédentes séries de l’auteur. Puis, je découvris un personnage qui me plut dès les premières lignes de son apparition.

Alex Fierro, fille ou fils de Loki, est un/une ado s’identifiant comme fluide dans le genre. C’est-à-dire que dépendamment des jours ou des moments, il/elle s’identifiera plus en homme ou en femme. De plus, Alex est un personnage au caractère fort qui n’hésite pas à dire ce qu’il/elle pense et va tout faire pour résister à l’influence de son père et va vouloir à tout prix mener sa vie comme il/elle l’entend.

Au travers de ce personnage, Rick Riordan explique très bien les enjeux de la communauté trans et ce que doivent endurer certains d’entre eux ainsi que leurs sentiments par rapport à leur identité. Il réussit également à nous présenter, une fois de plus, un personnage féminin fort et indépendant.

 

Réactions de la famille du criminel

Par : Audrey Thérien

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Je m’intéresse beaucoup aux enquêtes criminelles. C’est pourquoi j’écris ce texte.

 
LShatered silenceorsqu’un crime est commis, tout le monde va compatir avec la famille de la victime. Mais qu’est ce que la famille du criminel? Eux aussi ont perdu un membre de leur famille. Certes, il n’est pas nécessairement mort, mais ils ont perdu la personne qu’ils croyaient connaître. La plupart du temps, les gens accusent les membres de la famille du criminel. Les gens veulent un coupable. Mais le monde n’est pas nécessairement conscient que la famille n’a rien avoir avec ce crime. C’est ce que Melissa Moore m’a le plus éclairé dans son livre Shattered silence.

Melissa Moore est la fille de Keith Jesperson, surnommé « The Happy face killer ». Il a tué 8 femmes prostituées. Melissa Moore est sa fille aînée. Il a eu trois enfants, Melissa, Jason et Carrie. Melissa avait environ 15 ans lorsqu’elle a appris que son père était en prison pour meurtre. À ce moment-là, elle vivait comme si elle avait perdu son père. Ça n’a pas été une adolescence facile. Plus âgée, elle a rencontré Dr Phil. Il lui a fait comprendre que rien de tout cela n’est de sa faute, que ce n’est pas elle qui a commis ces crimes, qu’elle doit avancer en se disant qu’elle n’est pas coupable de tout ce qui arrive. Bref, Elle s’est mariée et a maintenant 2 enfants.

Melissa Moore n’est pas la seule à vivre ce genre de situation. D’autres familles sont victimes des crimes commis par leurs membres de famille. Ces personnes sont démunies. Elles ne sont pas reconnues comme étant des victimes, mais plutôt comme coupables. Mais coupable de quoi? De ne pas avoir tué quelqu’un? La seule chose qu’elles pourraient être coupables c’est d’être nées dans la famille du criminel. Mais elles n’ont aucun contrôle sur ça. C’est facile de critiquer les membres de la famille proche des assassins de ne pas avoir vu les signes précurseurs. Maintenant, imaginez-vous que votre père ait tué 8 femmes. Penseriez-vous que vous y êtes pour quelque chose?

Finalement, la famille des criminels n’a aucun soutien et est laissée à elle-même afin de vivre leur deuil. Elle est considérée comme aussi coupable que l’assassin. Elle mène toute une épreuve qui n’est pas du tout facile à vivre. Plusieurs ne s’en sortent pas. Mais, certains, comme Melissa Moore, ont réussi à s’en sortir malgré toutes les difficultés reliées à leur cauchemar. Il faut que ces gens brisent le silence. Pour qu’ils se sentent en confiance, ils doivent savoir que quelqu’un est là pour les écouter sans les juger et les aider à leur faire comprendre que ce ne sont pas eux les coupables.

Fanfiction

Par : Sebastien Lalonde

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Les fanfictions sont des histoires écrites par les amateurs d’un univers fictif quelconque (Ex : jeux vidéo, films, mangas). Les fans peuvent ainsi élargir cet univers de manière non officielle en dévoilant le passé de celui-ci, en imaginant une suite ou en dévoilant les zones d’ombre de l’intrigue. La longueur d’une fanfiction est très variable, allant d’un seul chapitre (appelé aussi one shot) à une histoire de la taille d’un roman.

J’ai commencé à écrire ce type d’histoire il y a environ 3 ans sans jamais me résoudre à les publier, ne trouvant pas de réelle idée qui aurait valu la peine d’être écrite. Il y a presque un an, j’ai découvert une théorie concernant l’un de mes jeux vidéo préférés et je n’ai pu m’empêcher de penser à une histoire en lien avec tout cela. Quelques jours plus tard, le premier chapitre était écrit et mis en ligne. Les fanfictions me permettent de partager mes textes avec les autres ainsi que ma passion pour certains univers et pour l’écriture.

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Si tout cela vous intéresse, voici le lien vers ma première fanfiction, L’Histoire sanglante d’Hyrule, de cupidité et de haine : https://www.fanfiction.net/s/11956729/1/L-histoire-sanglante-d-Hyrule-de-cupidit%C3%A9-et-de-haine

Angle d’approche

Par : Olivier Tessier

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Chapitre 1 

Cela fait près de neuf heures que nous avons quitté Barcelone. Par nous, je veux dire moi et le commandant Wellman. Nous nous sommes rencontrés à Shanghai, puis nous avons traversé l’Asie et l’Europe. Mais il n’y a pas eu que de moments joyeux entre nous. À chaque atterrissage, le commandant sue de toute part et il devient très tendu. Je ne sais pas ce qu’il a, mais nous faisons avec. Malgré son anxiété du retour à la terre, il a d’étonnantes capacités. Par exemple, il m’a confié qu’il se souvenait de tous les chemins aériens des États-Unis. De plus, les autres pilotes disent qu’il est, selon le bon jargon, un «morpion de carlingue». En effet, il paraît carrément obsédé par son travail, aussi exigeant soit-il. Je ne sais pas si je devrais lui dire, mais, ce que nous allons faire, je l’avais fait maintes fois, c’est un des cauchemars de tout bon pilote.

***

C’est un jour comme les autres au NYC Architype. Denise pose son café à exactement onze centimètres de son ordinateur portable dernier cri, les rayons du soleil frappent à quarante-six degrés par rapport à la table de Scott, et je suis là, devant ma propre planche, à me demander quoi ajouter sur cette œuvre de cubisme. Depuis mon arrivé à l’entreprise, il s’est formé cette routine où chaque action a sa raison d’être. Même si je rencontre tout le monde lors du dîner, je suis habituellement seul dans mon 90 degrés tridimensionnel. Pourquoi? Parce que je suis incapable de dessiner, réfléchir, rationaliser, penser dans une cacophonie inutile. Malgré tout ça, je me démarque par mes plans d’une qualité digne du logiciel de dessin assisté et d’une originalité à même faire envier Pablo Picasso. Certes, je suis brillant, mais je crois que même mes talents sur-artistiques ne pourront ralentir le temps. En effet, je dois remettre mes croquis pour demain et je ne crois pas pouvoir y arriver.

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Chapitre 2

 

Nous voyons la terre ferme s’approcher de nous. Et avec elle, l’enfer sur terre: l’Aéroport John F. Kennedy, le plus bondé du pays, non, du continent. Atterrir là-bas a toujours été un supplice pour les pilotes. Et avec un commandant qui se déshydrate en 25 minutes chrono, ça risque d’être très désagréable. Mais bon, il faut y aller. Wellman commence à pousser le manche, ce qui nous fait perdre de l’altitude. Ensuite, il faut ralentir l’avion et lui donner un bon angle d’approche. Jusqu’à présent, tout se déroule bien dans la procédure. Chaque étape est faite comme la liste le prescrit. Mais alors, je vois les mains de mon commandant s’inonder et trembler comme s’il y avait des turbulences dans la cabine. Je ne l’ai jamais vu dans un état pareil; cela doit être la première fois qu’il atterri à JFK. Je me demande: pourquoi Wellman atterrirait à un endroit qu’il évite à tout prix?

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C’est comme ça que vont les affaires au NYC Architype: exploiter ses employés dans le but de les faire souffrir éternellement?! Et en plus, après avoir fini les plans, je dois m’envoler vers Londres pour rencontrer un client. Ma journée risque de ne pas bien terminer. Il faut que je dessine, mesure, trace et note le plus vite possible. Dessiner, mesurer, tracer, noter. C’est un motif que je vois trop souvent. Dessiner, noter, mesurer, tracer. Ma tête va finir par exploser si je ne finis pas à temps. Mesurer, tracer, noter, dessiner. Pourquoi ce travail m’a été assigné? Je commence à manquer d’inspiration, de méthode, de mines, de café, de temps. Je vois le contour de ma vision périphérique devenir noir. Est-ce la fin de ma carrière ici? Il ne le faut pas! Je dois continuer à puiser dans mes réserves d’énergie et utiliser mes arts de dessins massifs pour achever ce que mon patron a commencé.

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Chapitre 3

 

Plus qu’un kilomètre d’altitude avant la piste et mon tremblant commandant Wellman ne semble plus avoir le contrôle sur lui-même. Je m’inquiète qu’il ne réussisse pas à compléter la procédure sans mon aide. Ainsi, je lui propose de m’occuper des moteurs. Après tout, ce n’est pas la première fois que je seconde un commandant. J’en profite pour lui glisser un mot, plutôt une question: la raison qui le pousse à aller à JFK. En réponse, Wellman me dit que c’est pour rencontrer un ami qui lui est spécial. Tant de mal pour un citoyen parmi tant d’autres. Mais le temps est mal choisi pour lamenter: il faut faire atterrir l’avion. Alors que je règle les moteurs pour maintenir une vitesse sécuritaire, mon commandant se charge de garder un bon angle avec la piste. Soudain, je remarque que, comparé au début de la procédure, Wellman est beaucoup moins anxieux. L’ai-je aidé à se ressaisir et lui donner l’espoir de ramener l’avion sur la terre ferme?

***

C’est une course contre l’horloge au NYC Architype. Les dessins sont terminés aux trois-quarts, mais il ne me reste que six heures pour terminer. Je n’aurais pas assez de temps si je fais mes plans réglés au quart de tour. Si la précision entrave la rapidité, alors je suis plongé dans un dilemme: soit je continue avec ma précision militaire et je manque de temps, soit j’accélère et je gribouille le papier. C’est alors que Louise, la dame au portable dernier cri, propose de m’aider en faisant une partie des dessins pour moi. Je ne sais pas si ça va réduire la qualité et l’originalité que je recherche. Pourtant, ses plans sont d’une rigueur telle que je suis capable de produire. Alors, j’accepte son offre. Je lui donne les brouillons que j’ai faits il y a une semaine. Déjà, je vois la lumière au bout du tunnel. Pour la première fois de la journée, je sens que je peux y arriver. Le portable de Louise et moi travaillons en synchronisme pour terminer ce que j’ai commencé.

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Chapitre 4

 

L’avion maintient un cap sécuritaire à son approche de la piste. Alors que le commandant Wellman aligne l’appareil et la piste, j’essaie de décrypter ses mouvements pour ajuster la vitesse. Il ne reste qu’une minute avant le contact sur le sol. Mon partenaire ne sait pas ce qu’il faut faire à ce point. Je le rassure en disant que c’est le rôle du premier officier d’actionner les ailerons. Sur ce mot, il retourne à sa tâche. Plus je lui donne d’indications, moins Wellman paraît anxieux. L’ironie est qu’il cumule plus d’heures de vol que moi, mais il a besoin de plus d’aide dans ses manœuvres. Que voulez-vous? Chacun est différent. Mais là, fini de rigoler. Plus que cinq secondes avant l’atterrissage. Quatre. Trois. Deux. Un. Puis, nous entendons le bruit typique du caoutchouc touchant la chaussée. Le commandant soupire alors de joie; il a réussi une des manœuvres les plus difficiles de sa carrière. Nous pouvons enfin tourner la page.

***

Cinq heures restantes au NYC Architype. Louise et moi avons terminé à 97 pourcent le travail assigné. Je ne savais pas que de travailler à deux accélérerait les choses. Mais maintenant, je sais que je peux lui faire confiance. Elle quadruple la vitesse de travail, à comparer à moi tout seul. Je me sens si près du but, mais si loin en même temps. Le temps semble accélérer avec le rythme de croisière. Cinq heures peuvent alors devenir… une heure et vingt-cinq minutes! Mais heureusement, nous avons presque fini. Encore quelques petites retouches et le tour est joué. Une mesure par ci, une note par là et une dernière ligne de ce côté. Avant que j’aie pu demander la progression, Louise me dit que le travail est achevé. Il ne reste plus qu’à imprimer tout ça et remettre ces chefs-d’œuvre à la tête du bureau. Voilà. Je peux enfin prendre mon vol pour Londres et voir un homme avec qui j’avais clavardé. La dernière fois que nous avons été en contact virtuel, il a mentionné qu’il était en Europe de l’Ouest.

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Chapitre 5

 

Nous avons réussi à faire atterrir un avion à JFK. Même moi, je n’y crois pas. Et encore moins mon cher commandant. Après avoir passé un contrôle douanier de routine, j’invite Wellman à venir dans ma loge pour discuter. Il refuse alors sous prétexte de rejoindre un «ami» qu’il a rencontré sur Internet. Tout ce qu’il m’a pu dire à son sujet, c’est qu’il habite New York comme lui. Quatre secondes de silence plus tard, le commandant se dirige vers le terminal où se trouvent les passagers.

C’est là où je le perds de vue. Mais qui est donc ce mystérieux «ami»?

***

Je suis enfin arrivé à l’aéroport John Fitzgerald Kennedy. Dès mon entrée dans le bâtiment, je suis le flux de passagers en attente de leurs voyages d’affaires. Après avoir enregistré mes bagages, convaincu les douaniers que je ne suis pas un contrebandier et trouvé la porte qui me mènera à mon vol, je peux enfin me reposer. Puis, je vois une figure en uniforme bleu et or s’approcher de moi. C’est définitivement un commandant de bord, que je reconnais par les galons. Il se présente alors: commandant Wellman, puis je retourne la faveur. Il m’invite alors dans sa loge, une offre qui ne se refuse pas pour quatre-vingt-dix raisons. Arrivés là-bas, nous passons les six premières minutes à se regarder et admirer la loge qui, visiblement, est une première pour le pilote. Tout ça accompagné d’un vacarme évalué à zéro décibel. Mais à présent, c’est l’heure de l’entrevue. Le commandant brise la glace en me demandant si j’ai déjà surmonté des épreuves qui m’ont failli faire perdre la raison. Je lui raconte alors mon calvaire au NYC Architype et l’aide de Louise. En retour, il récite son atterrissage et le renfort de son co-pilote. J’enchaîne en lui partageant ma passion presque excessive pour mon travail. Il me répond qu’il est tout aussi très content chaque fois qu’il se retrouve dans le cockpit. Je lui décris alors une journée comme les autres au bureau : j’arrive, je m’installe dans mon coin et je dessine jusqu’à la fin de journée, sans oublier les pauses et le dîner. Wellman me partage alors sa routine : il se lève, il prend un café, il embarque dans l’avion en attendant son second, puis décolle, atterris et le cycle recommence. Puis, il aperçoit mes plans et admire la précision et la rigueur requise. Il me confie alors qu’il connaît tous les chemins aériens du pays. C’est très impressionnant, autant que ma précision militaire. Je remarque alors que lui et moi partageons beaucoup de caractéristiques : les moments de stress, les passions frôlant l’obsession, les grands moments de solitude, de remarquables habilités intellectuelles en plus du grand silence après l’entrée. Se pourrait-il que? Je lui demande alors s’il est autiste, comme moi. Sa réponse est surprenante: il l’est aussi, mais il a caché ce fait à tout le monde. Moi, au contraire, j’informe mon entourage à propos de cet état. Pour la première fois depuis l’école primaire, je ne me sens plus seul au monde. Pour une fois, je peux comprendre et être compris, malgré ma différence…et celle du brave commandant Wellman.

FIN

 

Le feu dans l’âme

Par: Olivier Tessier

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Création artistique: Le Feu – Marc-André Bouchard

Roger Richard est un homme plein de vie. Non seulement il occupe un excellent emploi, mais il est aussi marié à une superbe femme. Pour terminer en beauté, une fois aux deux semaines, il flambe sa mise au casino. Une vie de rêve, quoi.

Ce soir est un soir comme les autres. Il fait visiter les Forges-du-Saint-Maurice au dernier groupe brûlant de curiosité. Une fois cette tâche terminée, Roger conduit vers son logement de Trois-Rivières. Rendu chez lui, il en profite pour regarder les nouvelles. Comme d’habitude, la dame raconte qu’un incendie s’est déclaré à Montréal. «Hier, c’était à Québec, aujourd’hui c’est à Montréal.  J’imagine que demain, ce sera entre les deux» se dit le guide touristique avec une étincelle dans les yeux.
Lire la suite « Le feu dans l’âme »

Merci Yuca!

Par Amélie Keough

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Photographie Amélie Keough

Yuca est un chien du service Mira qui aide les personnes, comme moi, atteintes d’un TSA.

Avant que Yuca soit introduite dans ma vie, je souffrais d’anxiété sévère, et je faisais plusieurs crises de panique dans une même semaine.Quand j’allais magasiner, je n’arrivais jamais à revenir par moi-même à la maison et je devenais épuisée mentalement et physiquement dû au fait que mon cerveau se concentrait sur tout ce qui se passait autour de moi. Lire la suite « Merci Yuca! »

La face cachée de la lune

Par Pamela Déom

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Création artistique Audrey Thérien

Je n’arrivais pas à y croire, David Paquette m’avait invitée à un rendez-vous! Le plus beau gars de l’école qui me demandait cela à moi, Sarah-Kim Potel. Je revenais tout juste de l’école alors que je continuais mon processus de la fille nerveuse qui n’arrêtait pas de jouer avec la petite planète en styromousse pour se calmer. En me regardant dans le miroir, je ne comprenais vraiment pas en quoi il pouvait me trouver belle. Cheveux longs et bruns assez dépeignés sous un bonnet mauve, peau trop pâle, boutons indiscrets qui se posaient sur mon front, yeux bruns tellement foncés qu’on se demandait où était ma pupille et bien sûr, cette horreur qui fournissait aux gens la facile comparaison à une sorcière ou à une patate, cet horrible nez aquilin. Lire la suite « La face cachée de la lune »